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Quand, avec l’opus Good Bad Not Evil (2007), la hype Black Lips avait gagné la bobosphère parisienne, je me souviens qu’on parlait surtout du comportement turbulent des Géorgiens (« Trop cool, ils montrent leurs bites sur scène ! »), bien plus que de leur musique, sorte de garage rock décousu et semi-parodique, sans réel intérêt autre que… pas grand-chose. Presque vingt ans, quelques changements de personnel (dont l’arrivée de la magnétique saxophoniste Zumi Rosow) et sept albums plus tard, qu’en est-il ? Jared Swilley et Cole Alexander, les fondateurs du groupe, ont passé la quarantaine, mais leur musique n’en demeure pas moins difficile à déchiffrer : art ou cochon ? Ne comptez pas sur ce foutraque Season Of The Peach pour obtenir une quelconque réponse. Tant pis. Tant mieux. Peu importe. Enregistré dans le studio analogique du batteur Oakley Munson, perdu dans les Catskill, le onzième album des Lèvres Noires est un aréopage de réminiscences nobles : Bobby Dylan (la mélodie de The Illusion Part Two, piano arpégé, guitare twang, saxo), The Pogues (la ballade country pub-rock Zulu Saints, mood celtique), The Ronettes (et tous girls band sixties, confère Tippy Tongue), les Pixies (Prick, jusque dans le solo de guitare final), les Violent Femmes (le garage punk DIY Happy Place) et The Make-Up (Judas Pig). Qui dit country punk dit western, mais un western caustique réalisé par les Coen brothers : ainsi la ballade garage psychédélique Wild One, ainsi le gospel country Until We Meet Again, ainsi le choral Baptism In The Death House. Paradoxalement, c’est en lorgnant vers le reggae que les Black Lips, avec l’excellent Sx Sx Sx Men, atteignent un inattendu sommet, sans pour autant se distinguer dans la durée : certes, le combo d’Atlanta est passé maître de la synthèse décomplexée, mais si l’on met de côté l’étiquette de Bad Kids (leur hymne de 2007) accolée par une presse très paresseuse (encore aujourd’hui, pas un article sans évoquer les outrances passées, comme s’il n’y avait rien d’autre à raconter – ce qui est le cas), sachant que l’on évalue l’impact d’un artiste à sa postérité, qui aujourd’hui se réclame musicalement des Black Lips ? Personne. Tel est le drame de leur discographie : pas mauvaise, ni brillante, parfois plaisante, sans plus - Season Of The Peach ne changera pas la donne.




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