12 novembre 2025 / Une semaine dans la tête de Bobby Hecksher. Enregistré en quelques jours (nuits ?) et faisant la part belle à l’improvisation, le onzième opus de The Warlocks semble – caustiquement – nous avertir, jusque dans l’intitulé du diptyque Don’t Blame It On The Band (mélopée anecdotique tournant sur deux accords) / Don’t Blame It On The Jam (vous l’aurez compris, il s’agit d’une jam instrumentale). Bobby assume : nul autre que lui ne pourra être tenu responsable de ce The Manic Excessive Sounds Of qu’il sait peu inspiré. On avait pourtant laissé le Californien sur le touchant In Between Sad (2023), album de deuil(s) s’appuyant sur la boîte à rythmes Roland TR-808 et visant les ethers de Beach House, Mercury Rev et autres Cocteau Twins : regain d’optimisme, après avoir traversé la dépression ? It’s A Fucked-Up World, nous répondra Bobby, avec une longue ballade planante inaugurale, empilement de six-cordes, de claviers et d’orgue, le chant comme un mantra, qui vire shoegaze en sa conclusion. Planant, oui, convenu, également. Changement d’ambiance(s) avec la comptine midtempo You Can’t Lose A Broken Heart - mur du son, refrains distordus, glorieux solo de guitare électrique -, qui se rapproche de Grandaddy, tandis que l’entraînante ballade jangle pop We Are All Lost nous rappelle The Auteurs et que Stars On Sunset a des faux airs du The Killing Moon d’Echo and the Bunnymen. Références auxquelles on peut évidemment ajouter The Jesus and Mary Chain (la mélodie de The Dotted Line), mais qui laissent songeur quand au fil conducteur de ce disque. On a le paysage (brume contemplative, rives baignées de réverbération, lune pâle au dessus des flots calmes), mais pas la boussole, sauf à prendre au pied de la lettre A Duel Between You And I : d’un côté, l’attente de l’auditeur, de l’autre un artiste cabossé, pour qui la musique est bien plus que sortir des albums et donner des concerts – ça le fait se sentir vivant. Et puis, franchement, les titres des chansons sont tellement sinistres que l’on vient à croire que le leader des Warlocks nous taquine. J’aime bien cette hypothèse. Le truc, c’est qu’on n’est pas dans la tête de Bobby Hecksher.